
La Suisse est un partenaire « crédible et neutre », qui peut créer « des ponts » en Afrique des Grands Lacs. Son image dans cette sous-région de l’Afrique est « très bonne », déclare son Ambassadrice à Kinshasa, Mme Siri Walt, dans une interview à reflets Suisse-Afrique. Nous vous proposons ci-dessous, l’intégralité de cet entretien.
La Suisse entretient des relations bilatérales avec chacun de vos pays d’accréditations : République démocratique du Congo, République du Congo et Gabon, certains depuis 1960, et d’autres bien après. Comment se présentent ces relations ?
Les relations avec tous les trois pays sont très bonnes, amicales et stables. Même si les relations avec la République du Congo et le Gabon ne sont pas aussi intenses qu’avec la RDC, l’ambassade entretient des contacts réguliers, à travers des visites dans ces deux pays et nous disposons de consulats honoraires à Pointe-Noire et Libreville.
Quelle conclusion tirez-vous de cette présentation des relations : donnent-elles satisfaction ou y a-t-il encore des domaines à améliorer et d’autres à renforcer ?
Les contributions suisses sont très appréciées par la population et le gouvernement. Vue les besoins en RDC, on pourrait toujours faire beaucoup plus, mais la coopération suisse a bien choisi des domaines où elle peut vraiment faire une différence et apporter son know how spécifique.
A l’avenir, j’espère que la RDC puisse vraiment démarrer économiquement, ce qui pourrait attirer aussi d’avantages d’investisseurs suisses.
Parmi tous ces pays où vous êtes accréditées, quel est celui où il y a le plus d’engagement suisse ?
Notre engagement le plus substantiel est clairement en RDC. La coopération suisse avec ses instruments aide humanitaire, développement et promotion de la paix engage en moyenne 21 millions de Dollars, soit 21,1 millions CHF (12,3 milliards de francs CFA) par an en RDC, à travers son programme régional Grand Lac, qui regroupe la RDC, le Rwanda et le Burundi.
Pour ce qui est de la République démocratique du Congo, qui fait face à des troubles dans les provinces Nord-Kivu, Sud-Kivu, Kasaï, etc… quelle est la stratégie suisse dans ce pays, qu’on peut qualifier d’exsangue ?
La stratégie de la Suisse en RDC s’articule autour de 4 domaines prioritaire soit: la Santé, la Gouvernance et le dialogue intercommunautaire, l’Emploi et le Revenu dans le sud Kivu exclusivement et la Protection du Citoyen dans le sud, le nord Kivu et dans le Kasaï au centre du Pays. Les programmes DDC renforcent les capacités du système provincial de santé du sud Kivu, la formation professionnelle dans la ville de Bukavu, l’amélioration de briques cuites pour la modernisation de l’habitat dans la zone de Bukavu, l’amélioration des régimes foncier ruraux dans le sud Kivu, l’amélioration de la nutrition des femmes et des enfants dans la zone de Bunyiakiri et enfin le soutien aux médias associatifs et communautaires sans oublier un programme psychosocial à destination des femmes victimes de violence.
Au-delà du domaine coopération au développement, qu’en est-il de l’aide humanitaire en faveur des populations civiles, victimes des troubles ?
Pour l’urgence et l’aide humanitaire, les programmes visent surtout la protection des citoyens en particulier des femmes et des enfants ainsi que la contribution à la maîtrise de l’épidémie liées au virus Ebola. Les relations avec le Gouvernement national et provincial sont bonnes, tenant compte des conditions difficiles de gouvernance dans le pays. La coopération est vivement appréciée par les autorités mais également par les acteurs de la société civile.
Pour mettre en œuvres ses programmes, la Suisse a ouvert un bureau de coopération à Bukavu en 2008.
La Suisse joue-t-elle un rôle ou aide-t-elle au règlement de ces crises en RDC ?
Depuis 2012, la Suisse s’engage, à travers la Division Sécurité humaine (DSH), pour la promotion de la paix, la prévention des conflits et le respect des droits de l’homme en République Démocratique du Congo. Cet engagement vise à renforcer les capacités des acteurs locaux afin de dépasser les cycles de violence et promouvoir une cohabitation pacifique. Les actions de la DSH s’inscrivent dans la Stratégie suisse de coopération pour la région des Grands Lacs.
En RDC et au niveau régional, la Suisse soutient la mise en œuvre des accords d’Addis-Abeba de 2013 visant à promouvoir la paix, la sécurité et la collaboration, entre autres, au travers d’échanges et de rencontres entre acteurs clefs de la politique congolaise. La DSH s’engage dans l’accompagnement du dialogue politique en cours au niveau national, en particulier à travers son accompagnement stratégique et opérationnel de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO).
La DSH s’engage également pour améliorer la situation sécuritaire dans les provinces du Sud- et Nord-Kivu, zones d’intervention de la Direction du développement et de la coopération, afin de créer la base pour la restauration de la légitimé des institutions. La DSH et ses partenaires ont ainsi développé Tujenge Amani !, un programme de dialogue communautaire qui a, depuis 2013, incité 1’500 membres de groupes armés des Raia Mutomboki à déposer leurs armes. Plus d’informations sur le programme Tujenge Amani ! : https://www.youtube.com/watch?v=l_tgAU4ZC3Y
La migration est aussi un domaine de coopération entre la Suisse et la RDC. Un accord bilatéral a d’ailleurs été signé entre les deux pays, il y a quelques années. Quel est le bilan de cette coopération?
L’accord a été signé en 2013 et son application fonctionne très bien. Il y a une coopération très fructueuse entre les autorités congolaises et suisses dans ce domaine.
Aux plans économique, social et culturel, que dire de la présence suisse dans les différents pays que vous couvrez ?
Les relations au niveau économique sont malheureusement encore peu intenses. Mais il y une jeune Chambre de commerce RDC-Suisse qui est très dynamique et qui organise régulièrement des conférences et évènements sur des sujets économiques d’actualité. Ces évènements suscitent un grand intérêt en RDC où il y a beaucoup de jeunes bien formés et motivés.
Au niveau culturel, je constate un vif intérêt en Suisse pour les artistes de la RDC, soit dans le domaine de la musique, de la danse ou de l’art plastique. Le bureau de Pro Helvetia à Johannesburg organise régulièrement des échanges avec des artistes congolais. Depuis 2018, la DDC soutient plusieurs initiatives culturelles dans le Kivu, le festival de musique Amani à Goma qui accueille chaque année plus de 35’000 fans, le festival d’humour « Zéro Polemique » de Bukavu ainsi que diverses initiatives de jeunes artistes kivutiens dans les domaines de la danse, de la musique, de la poésie, de la photographie.
Comment la Suisse est-elle perçue dans ces pays par rapport aux autres pays européens ?
L’image de la Suisse dans les trois pays est très bonne. Sans histoire coloniale, la Suisse est perçue comme un partenaire crédible et neutre qui peut créer des ponts.
Propos recueillis par IC