Une association suisse s’engage auprès des communautés en Afrique

Tourism for Help est une association suisse basée à Genève. Depuis sa création en 2004, elle a ouvert en Afrique des écoles de formation professionnelle pour les jeunes pour qu’ils deviennent une ressource clé dans la réduction de la pauvreté. Entretien avec la vice-présidente de l’association, Mme Isabelle Lejeune.

Depuis 9 ans que votre association mène des activités en Afrique en misant sur la promotion d’un tourisme durable. Pourquoi ce créneau?

Par ce choix, elle souhaite que l’impact du tourisme soit conséquent en termes économiques pour une région donnée, tout en préservant les richesses naturelles et humaines. C’est ainsi qu’elle a créé un concept novateur d’installation de centres de formation professionnelle et leurs lieux d’application qui fonctionne en véritables hôtels et restaurants. Aujourd’hui, forte de ses années d’expériences et de son équipe pluridisciplinaire, elle entend continuer à partager son savoir faire.

Quelle relation a-t-elle avec l’Afrique?

L’expérience de Tourism for Help a débuté en Afrique en 2009. Notre association a été sollicitée à l’époque pour dupliquer son expérience cambodgienne, au Mali. Nous avons donc implanté le « Doni Blon » à Ségou. Il s’agit d’offrir à des jeunes défavorisés de pouvoir se former dans l’hôtellerie, la restauration et les services annexes à l’industrie du tourisme. Comme la structure est entièrement gérée par nos apprenants et leurs professeurs eux-mêmes et que la clientèle y sert en quelque sorte de « cobayes », les jeunes peuvent suivre une formation appelée « Learning by doing », peu de théorie et beaucoup de pratiques. Quelques années plus tard, nous avons désiré étendre ce projet avec une ferme école en agroécologie. Pour nous, le tourisme est fortement lié à l’alimentation et nous pensions qu’il y avait fort à faire dans l’enseignement d’une agriculture familiale et durable en Afrique. Nous avons donc mis en place cette seconde filière. Depuis, notre modèle s’est reproduit à Somone, au  Sénégal. D’autres pays africains réclament que nous puissions les soutenir dans ce type de discipline, qui s’est révélée être très efficace pour l’insertion au travail des jeunes générations.

Comment expliquez-vous cet intérêt pour l’Afrique ?

L’Afrique a beaucoup d’atouts et un potentiel énorme en main- d’œuvre.  Des contextes défavorables et souvent difficiles l’empêchent de pouvoir développer l’accès à l’éducation et l’emploi pour la jeunesse montante, par exemple. Il nous paraît essentiel de partager notre savoir-faire. Nous voulons doter nos bénéficiaires d’une technique qui a fait ses preuves (une pédagogie dans l’action) et nous désirons que nos partenaires africains s’approprient ces outils à leur disposition pour leur propre structure, et si possible, montrer à leurs dirigeants que cela fonctionne. Que ça marche !

Que propose-t-elle de plus que les autres associations ou Organisations non gouvernementales déjà présentes en Afrique ?

Nos projets ne sont pas basés uniquement sur « l’aide » que nous proposons. L’aspect qui nous préoccupe le plus est : « qu’adviendra-t-il quand nous partirons?». Comme vous le savez, tout projet à une fin. Le désengagement, l’autonomie et l’indépendance de nos partenaires sont analysées dès le début de nos partenariats. Nous avons donc des activités qui génèrent des revenus. C’est-à-dire que nos centres reçoivent des touristes et de la clientèle dans leurs hôtels et restaurants. Il faut donc qu’il y ait des retombées financières. C’est indispensable pour qu’avec le temps, ces bénéfices engrangés permettent à ces structures de « tourner » de manière souveraine.

Quelle appréciation faites-vous de vos activités en Afrique?

Notre travail en Afrique est un véritable challenge ! Avoir une vision commune et concrète, des résultats escomptés, n’est pas toujours facile. Si au quotidien, nous travaillons en faveur d’une population marginalisée que nous soutenons, nous nous sommes entourés également par des équipes de direction jeunes et dynamiques. Il faut donner leur chance aux cadres des pays où nous agissons, ceux qui n’ont pas encore pu faire leur preuve. Nous sommes confiants, une nouvelle fois, l’Afrique regorge de jeunes femmes et hommes très à la hauteur de nos attentes mutuelles pour mettre en place ensemble, des axes de développement.

Quelles sont les perspectives qu’elle offre à l’Afrique ou pour les relations entre Tourism Help et l’Afrique ?

Notre coopération avec l’Afrique va perdurer car elle impacte bien au-delà des actions de terrain. L’Europe et la Suisse aussi ont tout à y gagner. Nos projets africains d’une façon concrète, et à leurs échelles, endiguent les migrations. Aussi, et dans une certaine mesure, nos formations sont autant de combats contre l’obscurantisme. Nous (petite ONG) n’avons pas les moyens « des grands de ce monde », mais nous sommes convaincus, à notre modeste niveau, comme l’a si bien dit Kofi Annan : « La seule voie qui offre quelque espoir d’un avenir meilleur pour toute l’humanité est celle de la coopération et du partenariat ».

Propos recueillis par HI

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