Diplomatie: La Suisse salut le 56e anniversaire de la création de l’Organisation de l’unité africaine

Mme Pascale Baeriswyl, Secrétaire d'Etat suisse aux Affaires étrangères.

La Journée de l’Afrique est célébrée ce 25 mai dans le monde. Cet évènement marque la création, il y a 56 ans, de l’Organisation de l’unité africaine (OUA), devenue maintenant Union africaine (UA). Dans l’interview ci-dessous, qu’elle nous a accordée, la Secrétaire d’Etat suisse aux Affaires étrangères, Mme Pascale Baeriswyl, fait le point sur les relations Suisse-Afrique.

A l’occasion de cette journée internationale de l’Afrique, quel message de la Suisse à ce continent?

La Suisse se réjouit de cet anniversaire pour l’ensemble du continent, et pour son organisation-phare, l’Union Africaine. Le continent africain regorge de potentiels, offre une incroyable diversités de cultures et de sociétés, offre beaucoup d’opportunités, même s’il fait aussi face à des défis. La Suisse félicite le continent africain en ce jour anniversaire, et se réjouit d’être à ses côtés pour le célébrer, tant à Berne, lors de la journée de l’Afrique, que sur place, grâce à nos trente représentations suisses (ambassades et bureaux de coopération inclus).

Pour la Suisse, qu’est-ce que cet anniversaire inspire comme évènement diplomatique ?

Cet anniversaire nous rappelle l’importance de l’Union Africaine, de l’intégration africaine et de l’importance du multilatéralisme. Dans le contexte actuel, le multilatéralisme est crucial pour tous les pays, car de nombreux défis de portée mondiale, tels que, par exemple, le changement climatique, ne peuvent être surmontés que de façon unie et à un niveau global.

Lors de mon voyage en Ethiopie en avril de cette année, j’ai rencontré Monsieur Smail Chergui, Commissaire Paix et Sécurité de l’Union Africaine, ainsi que d’autres interlocuteurs-clés au siège de l’Union africaine. J’ai été frappée par la vision d’avenir promulguée par l’organisation et par la force de ses actions. On voit aujourd’hui que les candidatures africaines à l’ONU sont coordonnées à Addis Abeba ; autre dossier important : le traité de libre-échange continental a atteint le quorum de ratifications pour entrer en vigueur. Enfin, plusieurs crises politiques sont solutionnées par l’entremise des organisations régionales, comme par exemple en Gambie ou au Burkina Faso. L’Union africaine, y compris par son principe de subsidiarité, joue un rôle essentiel pour le devenir politique et économique du continent.

Au- delà de la journée de l’Afrique, que dire des relations Suisse-Afrique en 2019?

Le continent africain a une grande importance pour la Suisse. Les intérêts communs portent sur la promotion économique, la paix et la sécurité, le respect des droits de l’homme, les approches partenariales dans le domaine de la politique migratoire et la bonne gouvernance.

La Suisse entretient des relations dynamiques et extrêmement diversifiées avec le continent. Nous avons multiplié les contacts au niveau politique (présidentiel, ministériel et à mon niveau) durant l’année sous revue, grâce à plusieurs visites officielles de part et d’autre. Dans certains pays, on fait appel à nous pour notre tradition de bons offices. Dans d’autres, la présence de longue date de la coopération au développement est notre marque de fabrique. Et, par-dessus tout, nous poursuivons un agenda économique, vu l’énorme potentiel du continent.

Quelle est la place de l’Afrique dans la diplomatie suisse ?

En juillet 2018, le Président de la Confédération Alain Berset a effectué une visite officielle au Kenya. A cette occasion, le Président kényan a annoncé l’ouverture d’une ambassade bilatérale à Berne. Le Président Berset a été frappé de voir que les « fintech » sont extrêmement bien diffusées au Kenya, puisque même les réfugiés, dans les camps, paient leurs sacs de nourriture par téléphone mobile. Enfin, notre ministre des Affaires Etrangères, le Conseiller fédéral Ignazio Cassis, a visité la Zambie, le Zimbabwe et l’Afrique du Sud en 2019. En Afrique du Sud, il a visité plusieurs ONG, y compris dans des townships, mais a aussi parlé avec des grandes sociétés multinationales suisses établies dans le pays. Ces différents exemples illustrent l’extrême diversité de situations sur le continent africain et démontre que la Suisse accompagne tout cela.

Personnellement, j’ai assisté récemment à la cérémonie commémorative du 25ème anniversaire du génocide au Rwanda. Cette journée m’a beaucoup marquée, par sa profondeur, et par l’unité de tous, population et invités étrangers confondus. Le Rwanda est aujourd’hui résolument tourné vers l’avenir selon une stratégie qui implique des transformations profondes et visibles.

Dans le domaine de la coopération et du développement, la Suisse dispose de Bureaux de coopération dans plusieurs pays du continent. Pensez-vous que l’aide soit un moyen de développer un pays?

Oui, je pense que la coopération au développement est un instrument utile qui peut contribuer au développement d’un pays. Cette idée est aussi ancrée dans la Constitution suisse qui dit que la Suisse « contribue à soulager les populations dans le besoin ». Cela dit, le but ultime de la coopération est bien de disparaître : une fois que les populations en question auront entièrement pris leur destin en mains, l’aide internationale sera devenue superflue.

J’aimerais citer deux projets phares : les écoles de formation professionnelle réalisées par la Suisse au Rwanda et la banque de micro-crédit à Nampula au Mozambique. Le premier permet à plusieurs jeunes de trouver rapidement un emploi à l’issue de leur formation duale, souvent dans le secteur secondaire, tandis que le deuxième permet à des milliers de personnes dans la province, en particulier des femmes, d’obtenir des prêts qui leur permettent de lancer leur entreprise, obtenant par la suite des résultats durables.

Cette coopération d’aide au développement vous donne-t-elle satisfaction ? N’est-il pas temps de la changer?

La coopération au développement a beaucoup évolué dans ses approches et les enjeux thématisés.  J’évoquais la formation professionnelle et la création d’emploi, mais je pourrais aussi mentionner la question du changement climatique qui prend de plus en plus d’importance ou la collaboration avec le secteur privé avec lequel nous cofinançons des projets de développement. Ces partenariats public-privé sont appelés à se multiplier à l’avenir.

En matière économique et commercial, comment renforcer les échanges entre la Suisse et l’Afrique, et davantage de présence suisse en Afrique?

La Suisse a un intérêt marqué à renforcer les échanges commerciaux et économiques avec l’Afrique, vu le grand potentiel du continent. Par exemple l’Éthiopie, la Côte d’Ivoire, le Rwanda et le Sénégal figurent parmi les dix pays du monde qui ont enregistré la croissance la plus rapide en 2018. Mais ce potentiel ne peut être valorisé que si les conditions-cadres y sont favorables aux investisseurs étrangers. C’est à ce moment-là que les acteurs économiques suisses viendront investir massivement.

A cette fin, la Suisse négocie des accords bilatéraux avec un grand nombre de pays africains pour renforcer les investissements et le commerce. Cela passe par la conclusion d’accords de suppression de la double-imposition jusqu’à des accords concernant le transport aérien, utiles pour le commerce et le tourisme. Ces derniers permettent l’ouverture de vols directs entre les pays africains et la Suisse : par exemple, Kenya Airways inaugure son vol Nairobi-Genève à mi-juin cette année.

Peut-on dire que la Suisse, au sens large du terme, a une peur de l’Afrique?

Non, au contraire. La Suisse a toujours eu l’amour de l’Afrique, et ce, depuis très longtemps. En témoignent, à la fin des années 50 et au début des années 60, la reconnaissance des indépendances et l’implantation d’ambassades dans les pays africains, très rapidement, par le gouvernement suisse de l’époque.

Propos recueillis par IC

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