Journée de l’Afrique du 25 mai: La Suisse salue « les progrès significatifs » du continent

Mme Anne-Lugon Moulin, première Ambassadrice de Suisse en Côte-d'Ivoire, depuis 1961.

La Journée de l’Afrique a été célébrée vendredi 25 mai 2018 par toute la diplomatie du monde. Ce jour marque l’anniversaire de la création de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) devenue maintenant Union africaine (UA). Pour la Suisse, cet évènement important montre la place du continent dans la communauté internationale. Entretien avec Mme l’Ambassadeur Anne Lugon-Moulin, Cheffe de la Division Afrique sub-saharienne et Francophonie au Département fédéral des affaires étrangères (DFAE).

L’Afrique a célébré le 25 mai, l’anniversaire de la création de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) devenue depuis Union africaine (UA). Pour la diplomatie suisse que représente cette journée?

Cet anniversaire célèbre l’indépendance de tous les Etats africains et l’abolition de l’apartheid. Les pères fondateurs de l’UA ont fait preuve de clairvoyance. Les Etats signataires se sont engagés dans la Charte à promouvoir la coopération dans le but d’améliorer les conditions de vie des habitants du continent africain. Aujourd’hui, l’Afrique peut donc aussi célébrer les progrès significatifs réalisés en la matière. L’UA s’est incontestablement forgée une place de choix dans la communauté institutionnelle mondiale ; elle jouit d’une large reconnaissance en tant qu’instance politique unificatrice et les Etats africains s’y engagent activement. L’agenda économique progressiste développé par l’Union Africaine est également à saluer.

Que dire des relations entre la Suisse et l’Afrique depuis la journée de l’Afrique 2017?

Les relations entre la Suisse et l’Afrique vont croissants. Depuis mai 2017, de nombreuses visites de part et d’autre ont eu lieu, à haut niveau. La Présidente de la Confédération, Mme Doris Leuthard, s’est rendue au Bénin et au Ghana en juillet 2017 ; elle a reçu son homologue du Burkina Faso en octobre. Le Président de la Confédération, M. Alain Berset, a reçu son homologue mozambicain en février 2018 et le Président du Bénin en mai. Plusieurs accords sectoriels ont été signés (accords aériens, de suppression de double-imposition). Nous avons établi des processus de dialogues politiques avec une dizaine de pays.

Quels sont les domaines qui vous donnent le plus de satisfaction?

Les relations économiques ont été marquées par la visite de notre Ministre de l’Economie, de la Formation et de la Recherche, M. Johann Schneider-Ammann en Côte d’Ivoire et au Nigeria. Il était accompagné d’une très grosse délégation d’entrepreneurs et de professeurs d’université. Cela a démontré le potentiel de l’Afrique et l’intérêt croissant que le continent éveille au sein des communautés économique et scientifique.
La Suisse n’est pas en reste dans un autre domaine d’action : sa politique des bons offices. En effet, elle gère la médiation du processus de paix au Mozambique, où des progrès substantiels ont été réalisés, et déploie de nombreux efforts dans la région du Lac Tchad.
Voilà deux domaines dont je suis fière dans les  récents développements.

Les perspectives économiques de l’Afrique sont souvent ventées et mis en exergue. Comment la Suisse s’inscrit-elle dans cette perspective de lendemains meilleurs sur le continent?

Comme je l’ai dit, l’intérêt envers le potentiel offert par le continent africain va croissant. Cela dit, cela ne suffit pas. Il faut également que la gouvernance économique s’améliore dans de nombreux pays. Les barrières à l’entrée de certains marchés publics sont élevées ; le clientélisme toujours présent. Le secteur privé suisse est agile, mais fait face aussi à la concurrence des acteurs chinois, indiens, français etc. Par conséquent, il doit lutter pour faire sa place. Des missions comme celle qu’a menée M. Schneider-Ammann doivent donc être répétées. De plus, par sa coopération au développement, la Suisse peut également donner un coup de pouce au secteur privé local, cette fois-ci.

La migration est l’une des grandes préoccupations de l’heure pour la communauté internationale. Comment la Suisse contribue-t-elle à la prise en charge de cette problématique en Afrique?

La Suisse travaille à trois niveaux. Premièrement, au plan bilatéral, elle a un certain nombre de partenariats migratoires avec des pays, qui comprennent à la fois un dialogue migratoire, des projets dans les pays concernés, et définissent les modalités de gestion des demandes d’asile et de retour. Bien que non-membre de l’Union Européenne, la Suisse est membre de l’Espace Schengen. Elle applique donc les principes et les dispositions de cet espace.
Au niveau régional, la Suisse soutient la libre-circulation via la CEDEAO (Ndlr : communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest), et les dynamiques transfrontalières par de nombreux projets transfrontaliers (marchés, douanes, nomadisme). N’oublions pas que 85% de la migration africaine se fait en Afrique ! Enfin, la Suisse co-préside, avec le Mexique, le Pacte Mondial sur les Migrations à l’ONU.
A l’ONU,  la Suisse a lancé un nouveau concept de « la diplomatie de l’eau », qu’on peut appeler aussi de « la diplomatie bleue ». Quelle est la part l’Afrique dans cette initiative?
La part de l’Afrique est proéminente. En effet, la Suisse travaille étroitement avec le Sénégal dans ce dossier. Dernièrement, un groupe d’experts d’Asie centrale est venu visiter l’OMVS (Organisation de mise en Valeur du fleuve Sénégal) grâce à l’entremise de la Suisse. Les deux pays travaillent de concert dans le cadre du Panel mondial de Haut niveau sur l’Eau et la Paix. Au Sommet de l’OIF (Ndlr : organisation internationale de la Francophonie) à Madagascar en 2016, la Suisse et le Sénégal avaient d’ailleurs fait adopter une résolution sur « Eau, paix et sécurité ».

S’agissant de l’agenda 2030 des Objectifs de développement durable (ODD), quelle place la Suisse accorde-t-elle à l’Afrique ?

L’agenda 2030 des ODD va bien au-delà d’un concept d’aide au développement. Il nous concerne tous, pays en développement et pays industrialisés. Il fixe un cadre de long terme dans lequel s’inscrivent la plupart de nos politiques internes et extérieures. Un collègue, qui a travaillé des années sur l’agenda 2030 à New York, me disait dernièrement que cet agenda permettait de créer des ponts entre libéralisme et alter-mondialisme.
En conclusion, et en ce jour anniversaire, quel message adressez-vous à l’Afrique ?
Croire en soi et être fier de son histoire.
         

  Propos recueillis par IC

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